samedi 15 novembre 2008

F06 - "L'échange" de Clint Eastwood

C'est long, dur, triste... et bien !



Pour être franc, heureusement que le nom de Clint Eastwood est bien mentionné sur l'affiche, sinon je ne serais probablement pas allé le voir. Angelina Jolie dans le rôle d'une mère qui court après son fils disparu... on a vu programme plus attirant. Mais je m'en suis remis à ma foi quasi-aveugle dans le talent du vieux Clint (quel manque d'objectivité !) et je suis allé voir ce film, ce fameux Changeling pour reprendre le titre original.
Clint nous conte ici l'histoire vraie (c'est marqué sur l'affiche) d'une mère dont le fils a disparu. Nous sommes à Los Angeles, en 1928, ville corrompue jusqu'à la moelle. Au bout de cinq longs mois, la police lui ramène fièrement un gamin. "Est-ce son fils ?" voilà la question. Bien évidemment, Clint va répondre très rapidement par la négative.
Bon voilà, alors j'avoue, moi quand j'ai lu ça, j'étais comme vous : "Ouais bon, ok, c'est vrai que c'est un sujet choquant, que ça peut être intéressant... Mais bon... Ça va vite m'ennuyer cette histoire, vu que de toute façon, les gentils ont toujours raison à la fin".

Et en fait, malgré un propos tout de même long de plus deux heures, l'ennui n'a jamais pointé le bout de son nez. C'est plutôt celui de l'intérêt et même du respect qui est arrivé. Explication : le maître Clint a fait parler la poudre. Ou plutôt : son immense talent.

Car au delà de la simple narration d'un drame bouleversant, L'échange voit son propos étoffé. À mesure que le scénario avance, que les minutes s'écoulent, que les divers rebondissements et coups de théâtre s'enchaînent, le film de Clint Eastwood, non content de captiver le spectateur, gagne en profondeur, en sens. Il ne s'agit plus seulement de s'intéresser à la tragédie mais également à ses conséquences directes ou non. Car ici, il est également question d'un contexte historique et social : Los Angeles, années 20-30, magouilles, intimidation, corruption, meurtres.
Le portrait d'une mère désespérée, incarnée à merveille (et c'est à souligner !) par une Angelina Jolie transcendée, se transforme progressivement en fresque d'une lutte politique et sociale menée avec hargne par un révérend contestataire joué par John Malkovich, impeccable.
Mais Clint Eastwood ne se laisse pas griser par son propos et tient sa ligne directrice d'une main de maître. Malgré des rebondissements incessants, de nombreux flash-backs et scénarios dans le scénario, le récit est parfaitement dirigé.

Il reste la grande force de L'échange, celle qui lui donne sa capacité à toucher le spectateur, et qui ne se situe pas réellement dans le scénario. En fait, elle provient d'un tout. Un tout formé par l'image et le son. L'image, ou plutôt les images, ce sont celles choisies par le vieux Clint pour nous raconter son histoire. Celles qu'il a travaillé, qu'il a magnifié, qu'il a mis en scène d'une façon certes classique mais toujours somptueuse. Le travail sur la photo est de toute beauté et les émotions des personnages, en particulier celui d'Angelina Jolie, nous sont révélées avec subtilité, filmées sans artifice mais avec talent. La grande classe. Et le son, en plus des musiques assez réussies composées par Clint himself, c'est les dialogues. Parfois poignants, parfois bruts, parfois dérangeants, ils sont surtout écrits à la perfection. Un travail d'orfèvre qui fera le régal des adeptes d'un cinéma classique dont Clint Eastwood semble être un des derniers représentants majeurs.

Le bon vieux Clint nous convainc également avec L'échange que l'éventail de ses nombreux talents est toujours plus impressionnant qu'on pouvait le penser. Toutefois, ne cherchez dans ce nouveau film aucune surprise ou originalité. On y trouve seulement une histoire passionnante, rapportée par un des meilleurs conteurs qui soient, capable de sublimer une base de départ certes foisonnante mais qui paraissait sans saveur.

Verdict : 4,25/5

Plus d'infos sur ce film

2 commentaires:

Benjamin F a dit…

Salut Arthur,
Complètement d'accord avec toi pour la force visuel du film et la photo très réussie.
En revanche, quelque chose m'a gêné. J'ai vraiment eu l'impression que Clint essayait de trop en faire avec des figures trop lourdes et appuyées pour créer l'émotion chez le spectatateur.
Ce sera donc un petit Clint pour moi.
See U
Ben
http://www.playlistsociety.fr/2008/11/lechange-de-clint-eastwood-6510.html

Blog du Ciné-club a dit…

Le lycée Daudet ne serait donc pas peuplé que d'incultes égocentriques, autres nolife & co? ;)
A supposé que tu es bien à Daudet sinon je vois pas trop comment tu aurais eu l'adresse du Ciné club!
Chapeau pour le blog c'est du très beau travail!
Pour l'Echange t'as pu voir brievement ce que j'en dis mais je suis impatiente de savoir ce que tu penses de Burn After Reading, le dernier des Coen... Je vais de ce pas publier un article dessus.
Au plaisir !