Let's Be Critical est un blog de critiques de tout! CDs, films, expos, clips, livres... On essayera de vous fournir des critiques objectives et intelligentes tout au long de l'année. Si vous n'etes pas d'accord avec nos critiques dites le nous!
LBC en favoris ?
Rien de plus simple ! Passez la souris sur l'icône Bookmark en dessous puis cliquez sur Favorites.
Sinon vous pouvez vous abonner au flux RSS et avoir dans vos onglets les derniers articles en lien direct.
Par ailleurs, notre groupe Facebook vous permettra d'être tenu au courant par mail des nouveaux articles !
Envie de nous écrire ? Ça se fait à l'adresse suivante : letsbecritical@laposte.net On accepte tout : propositions d'articles, compliments, insultes, critiques, avis et requêtes en tous genres, demandes en mariage, postulats pour être membre de la rédaction... Réponse assurée (délais moyens : entre 30 secondes et 52 semaines) !
Peter Von Poehl, suédois résidant simultanément à Paris, Berlin et Stockholm, a longtemps été un de ces artistes discrets, guitariste au service des autres (pour Bertrand Burgalat, Alain Chamfort, Vincent Delerm, Birdy Nam Nam ou bien au sein du groupe A.S. Dragon. Ce n'est qu'en 2006 qu'il s'est lancé dans une aventure solo avec son premier album Going Where The Tea-Trees Are, un album de pop intimiste qui lui a permis de jouer en première partie de groupes comme Air ou Phoenix.
On le retrouve donc en 2009 avec son deuxième album, May Day. Et les fondements n'ont guère changé : Peter Von Poehl possède toujours ce timbre envoûtant et ce sens inné de la mélodie, celle qui vous transporte en l'espace de deux simples notes. Toutefois, alors que son premier opus pêchait parfois par manque de minutie ou au niveau de la production, celui-ci se révèle bien plus travaillé et fignolé. Les arrangements ne sont plus aussi minimalistes et chaque piste profite d'une instrumentation autrement plus complexe que ce que le suédois nous avait offert jusque là.
Et cela s'entend dès la première piste ! "Parliament" est un beau morceau d'introduction, plutôt rythmé, où s'entrecroisent piano, synthés, cuivres et violoncelles et sur lesquels vient se poser la superbe voix de Peter Von Poehl. Le ton est optimiste et on a tout de suite le sourire à l'entame de cet album.
Pour autant, l'ensemble de l'album n'est pas aussi joyeux et ce n'est pas plus mal. Si les pistes ensoleillées sont plutôt réussies ("Moonshot Falls", "An Eye For An Eye"), Peter Von Poehl n'est jamais aussi bon que lorsque qu'il chante avec mélancolie, sur ces mélodies dont il a le secret. Ainsi "Forgotten Garden", "Mexico", "May Day" ou encore "Lost In Space" sont de toutes beauté. C'est sur ses pistes que les progrès du suédois sont les plus flagrants : non content d'apporter son jeu de guitare raffiné, Peter Von Poehl a muni ces morceaux d'une multitude d'instruments qui contribuent tous à créer des ambiances uniques. Si "Lost In Space" retranscrit à merveille cette sensation de solitude au travers de ses claviers et ses chœurs aériens, "Mexico" et "May Day" profitent eux d'une basse très sonore sur laquelle se posent respectivement des cordes et un joli ensemble piano/cuivres. Ajoutez à cela que la voix du suédois est d'une justesse sans faille et vous obtenez des trésors de musique pop, un travail d'orfèvre. On retiendra également "Silent As Gold" : deux minutes et demi totalement habitées par la guitare acoustique du suédois et sa voix, plus angélique que jamais.
Ayant retenu les erreurs d'un premier disque au souffle court, Peter Von Poehl rectifie donc le tir avec May Day, un album intelligemment produit, tout en finesse et délicatesse, et qui ne souffre d'aucun point faible. Une jolie performance qu'on a hâte de voir sur scène (rendez-vous fin juillet pour son concert à Arles aux côtés de Peter Doherty).
Orange Odyssée, ça vous dit quelque chose? Si la réponse est oui, je me dois de vous adresser toutes mes félicitations étant donné que ce jeune groupe liégeois n'a encore sorti qu'une démo. Si la réponse est non, il vous faut absolument réagir et pour ce faire, rien de tel qu'une petite présentation de ce groupe qui me tient tout particulièrement à cœur pour diverses raisons !
Orange Odyssée est composé de 3 membres (tous complètement accros à la musique): Hadrien Panelli (ou Billy Ray pour les intimes ...) à la batterie, Victor-Emmanuel Boinem au synthé et Quentin Remi à la basse. Maintenant que les présentations sont faites, on peut passer au plus important : la musique !
Premièrement, ne pas vous fier qu'à leur myspace, si vous en avez l'occasion (et je sais qu'il y a des belges qui nous lisent) allez (que dis-je, foncez !) les voir, vous ne le regretterez pas. La preuve fut encore donnée samedi soir où il parvinrent à conquérir la quasi totalité de l'auditoire avec une simplicité déconcertante ! Il faut aussi savoir que les live d'Orange Odyssée sont assez particuliers dans le sens où une très grande partie est laissée à l'improvisation. Cet aspect nous permet de découvrir l'univers aussi varié et improbable qui influence nos 3 liégeois (imaginez un instant ce que donnerait un habile mélange entre Superpitcher, Squarepusher et Battles par exemple). Univers dans lequel ils parviennent à nous transporter durant leur live, j'ai même cru avoir Squarepusher devant moi à certains moments, c'est vous dire !
Ensuite, je mentirais si je disais que je n'avais pas ramassé une grosse claque en les voyant ce week-end. Ces 3 gaillards arrivent à trouver la mélodie qui collera parfaitement à la ligne de basse lancée à tout hasard par un Quentin Remi planant sur des nuages minimalistes ou encore à une mélodie improbable lancée par un Hadrien Panelli déchainé!
Malgré le fait que leurs improvisations deviennent un peu n'importe quoi par moment, il n'en demeure pas moins qu'il y a une recherche derrière chaque morceau (ou partie de morceau) où il est possible de retrouver leurs nombreuses influences.
Je vous invite donc, dans un premier temps, à découvrir leur univers sur leur myspace. Avis aux amateurs de minimales, d'expérimentale ou juste curieux de découvrir un jeune groupe prometteur, Orange Odyssée est pour vous! Myspace
The Prodigy est de retour et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça arrache sa maman !
5 ans après Always Outnumbered Never Outgunned, les 3 anglais nous reviennent avec un nouvel opus, leur cinquième officiel. Il est impossible (ou presque) de ne pas connaître The Prodigy tant ils furent une machine à tubes (citons, par exemple, le cultissime "Smack My Bitch Up", le grandiose "Firestarter" ou encore l'improbable "Poison") dans les années 90. Du coup, difficile de partir sans apriori pour faire une critique correcte de ce monstre du Big Beat ... mais je vais quand même essayer de faire de mon mieux.
Bref, trêve de bavardage, l'album commence avec le titre éponyme : "Invaders Must Die" qui propose un beat puissant à souhait et une superbe intro ... On croirait même, à l'écoute des 25 premières secondes que les 3 cinglés se sont assagis mais, heureusement, ce n'est pas le cas. Vient ensuite le premier single de l'album, "Omen". Pas de doute, c'est bien duProdigy : une voix sortie de nulle part hurlant "Omen", des beats de folies et un rythme imparable ... les anglais n'ont rien perdu de leur talent. On regrettera juste les bruits de clochettes au milieu du morceau qui, à mon humble avis, cassent tout ... enfin ne gâchons pas notre plaisir, ce début d'album a presque tué mes craintes que ce dernier opus soit aussi mauvais que le dernier des Chemical Brothers
Vient maintenant, selon moi, LE meilleur morceau de l'album: "Thunder". Évidemment, rien de bien transcendant, ça reste du Prodigy et la base est là mais sur ce morceau, il y a ce petit quelque chose d'inexplicable qui vous emporte loin ! En tout cas, la voix (semblable à celle du mythique "Out Of Space") est parfaitement posée sur la mélodie aux allures de reggae par moment (si si j'vous jure, de vrais gue-din ces anglais)!
"Colours" et "Take Me To The Hospital" viennent nous confirmer que les vrais Prodigy sont de retour, que leur précédent album n'était qu'une mauvaise blague ! Les 3 anglais sont enfin de retour et font taire les mauvaises langues affirmant que le groupe ne valait plus rien depuis le départ de Leeroy Thornhill. Certes, aucun titre n'arrive réellement au même niveau que "Pandemonium", "Narayan" ou encore "Charly" mais au moins, ils prouvent qu'Always Outnumbered Never Outgunned n'était qu'une bien triste erreur de parcours !
Passons au morceau suivant, "Warriors Dance" qui, durant les 50 premières secondes, nous fait redouté le pire avec un refrain digne de... David Guetta ! Mais fort heureusement, les sons rajoutés en fond rassurent malgré l'horrible voix de la chanteuse.
Le gros problème avec cet album, c'est qu'à partir de la moitié, on a l'impression que toutes les pistes sont semblables... aux anciens titres qui firent la gloire du groupe début des années 90. le plus bel exemple est sans aucun doute "World's On Fire". À son écoute, on a la fâcheuse impression d'entendre un edit de "Everybody's In The Place" tant la mélodie, le refrain et les voix sont sensiblement les mêmes ! Dans le genre inutile, on aussi droit à une reprise de "Omen" qui n'apporte strictement rien à l'album. Pour les 4 derniers morceaux, je ne ferai qu'un simple paragraphe étant donné qu'ils n'apportent pas grand chose à l'album en restant néanmoins de bons morceaux dans la lignée directe des premières pistes.
Pour conclure, on peut, sans hésiter, dire que cet album est celui d'une renaissance qu'on attendait depuis maintenant 5 longues années, celui qui surclasse définitivement les Chemical Brothers, celui qui donne envie de voir The Prodigy en live (je vous le dis, tout de suite, vous aurez droit à un joli live report de leur performance à Werchter cet été).
Les partisans du "c'était mieux avant" vont encore gagner... Faut dire qu'avec un album comme ça, U2 ne fait qu'apporter de l'eau à leur moulin.
C'est toujours difficile de donner son avis sur un album de U2. En effet, le groupe irlandais fait désormais partie du paysage culturel mondial depuis bien longtemps, à un tel point que nous sommes tous un peu imprégnés (certain plus que d'autres) de leur musique. Chacun d'entre nous a déjà entendu maintes fois "Sunday Bloody Sunday", "With Or Without You" ou "One", si bien qu'il est aujourd'hui difficile d'avoir un point de vue objectif sur ce qu'a pu produire U2 par le passé. Alors quand un nouveau disque de Bono et ses compères voit le jour, ce n'est pas sans apriori (favorable ou non) que l'on va l'écouter. Néanmoins, l'annonce de la sortie de No Line On The Horizon suscitait en moi un optimisme aveugle, à peine terni par le souvenir des deux précédents albums sur lesquels U2 se contentait de faire le job sans prendre aucun risque.
Malheureusement ici, le problème est similaire, bien que le groupe se soit démené pour donner l'illusion qu'il voulait "se mettre en danger". Avec les habituels Brian Eno, Daniel Lanois et Steve Lillywhite aux manettes, U2 a fourni tous les efforts nécessaires pour laisser penser au plus grand nombre que cet album serait expérimental et novateur. Mais en fait, No Line On The Horizon ne recèle aucune invention musicale... Au contraire, il donne plutôt l'impression que Bono, The Edge, Adam Clayton et Larry Mullen Jr ont passé les 20 dernières années dans un bunker, sans jamais écouter ce qui pouvait se faire comme nouvelles musiques dans le monde. Et le résultat frise souvent le ridicule...
... comme les "ohaohaohaouuuuu" du titre éponyme et introducteur, "No Line On The Horizon". Dommage, le reste du morceau se laissait écouter sans déplaisir : guitare frondeuse, synthés Eno-esques et la voix de Bono qui partait pas encore trop en vrille. Vraiment dommage. Arrivant tout de suite après, l'intro de "Magnificent", sans aucun doute concoctée par Brian Eno, rassure l'auditoire ! Une rythmique martiale, des échos de basses grisants, et des claviers que n'auraient pas renié New Order amorcent une envolée de guitare électrique du plus bel effet. Là, pour le coup, on est vraiment heureux : Larry Mullen Jr, Adam Clayton et The Edge de nouveau au top ! Seulement, alors qu'on aurait bien aimé profiter de cette belle instrumentation plus longtemps, le dernier comparse, Bono, vient nous hurler un pathétique "MA-GNI-FI-CENT !! OHOH-OHOOOH !". Et en plus il remet ça plusieurs fois pendant le morceau ! Mais rassurez-vous, cela ne l'empêche pas d'être vraiment réussi et parvient à rappeler, à défaut tout de même d'égaler, le U2 de la période The Joshua Tree. Retour sur terre avec "Moment Of Surrender" qui étale sur sept longues minutes ce que U2 peut faire de plus ridicule. Si le synthé du fond sonore est directement recyclé des expérimentations (plus ou moins réussies) qu'a tenté le groupe avec Brian Eno sous le nom de Passengers en 1995, Bono en fait trop, élevant la voix toutes les deux phrases quand il ne les entrecoupe pas de "oohooohoohooo", et les chœurs du refrain (raté) sont ridicules. Et ne parlons des mélodies faciles au piano et à la guitare qui sont une insulte au talent de The Edge. Comble du bonheur (irony inside), Bono nous fait le plaisir de mettre fin à ce titre sur ses désormais récurrents "oohooohoohooo". Merci Bono, fallait pas.Surtout que tu remets ça sur "Unknown Caller" quelques secondes plus tard ! D'ailleurs, à la fin, on voit bien que toi aussi ça commence à te lasser, tu laisses The Edge finir le boulot pendant que tu reprends ton souffle. De fait, le morceau se finit sur un interminable solo de guitare, peu inspiré, et ponctué par des cuivres tout à fait pathétiques.
"I'll Go Crazy If I Don't Go Crazy Tonight" ne contient toujours pas ces fameuses innovations qu'on attend toujours... Au contraire, on a juste droit à un banal morceau de pop à la U2. Un auto-plagiat même pas réussi.Plus de "oohooohoohooo" dans ce coin-là, mais en revanche, une belle soupe commerciale en bonus.Oh ! Mais qu'est-ce qu'on entend ensuite ? Un riff de guitare bien gras ? Tiens, ça pourrait être une bonne idée ça ! C'est exactement ce qu'ont dû se dire aussi nos quatre irlandais. Sauf qu'au final, ça donne "Get On Your Boots" qui est vraiment insipide. Des paroles plus stupides que jamais et une tentative jeuniste qui tombe totalement à plat.Passons sur "Stand Up Comedy" qui reprend la même idée en à peine plus soft et un poil plus funky. C'est juste à peine moins loupé. Heureusement, Brian Eno, dont la patte était aux abonnés absents depuis "Magnificent", reprend les choses en main sur "Fez - Being Born". Une intro pleine de samples de voix et de percussions exotiques, puis une montée de guitare planante(inutile de noter encore une fois la présence de "oohooohoohooo", ils sont partout) et voilà le morceau qui poursuit sur ce train durant 5 minutes dont certaines sonorités ne sont pas sans rappeler le dernier Coldplay (produit par... Brian Eno !).On a ensuite droit à une ballade comme au bon vieux temps avec "White As Snow". Bien fait, un peu dégoulinant par moment, mais ça fonctionne pas si mal. C'est juste sans relief. Plat. "Breathe" se charge de nous faire reprendre de l'altitude et rappelle "City Of Blinding Lights" (du dernier album, How To Dismantle An Atomic Bomb), les guitares vrombissantes en plus. Un titre typique de U2, un de plus. Toujours bien fait, mais à force, les ficelles sur lesquelles le groupe tire finissent par devenir énormes et horriblement voyantes. Finalement, c'est "Cedars Of Lebanon" qui se charge de mettre un point final à ce No Line On The Horizon (c'est censé signifier quoi au fait ?). Chant parlé/chanté et instrumentation assez minimaliste : nouvel auto-plagiat puisque ça ressemble étrangement à "New York" (titre présent sur All That You Can't Leave Behind), les refrains puissants en moins. Dommage, c'est ça qui était grisant.
Une nouvelle fois au final, c'est l'arnaque. On nous promet monts et merveilles, innovations, expérimentations et révolution musicale alors qu'en fait, on a là uniquement un album ampoulé par l'omniprésence écrasante de son chanteur et par une tendance générale du groupe à s'inspirer incessamment de ses réussites passées. Désolé les gars, Brian Eno peut pas tenir la baraque U2 à lui tout seul, surtout si vous ne le laissez pas faire plus que l'intro de vos morceaux. C'est toute la différence entre No Line On The Horizon et l'album de Coldplay, Viva La Vida Or Death And All His Friends : on a d'un côté un groupe qui semble totalement fermé, cloisonné dans son passé musical brillant qu'il ne parvient plus à imiter et de l'autre, un (plus si) jeune groupe qui ne cesse de progresser et qui s'est totalement ouvert à ce qu'a pu lui apporter Brian Eno.
Verdict : 1,75/5
"Get On Your Boots" [LIVE]
Et pour se souvenir (avec nostalgie ou pas, c'est selon) de ce qu'était U2 auparavant :
Les groupes electro-pop sont en pleine expansion, il en fleurit partout ! En voilà, un de plus, pas le plus mauvais, mais pas le plus créatif non plus. Quoique...
Aïaïaïe gros handicap dès le départ pour ce jeune groupe de Minneapolis : la pochette de l'album est vraiment moche ! Ajoutez à cette énorme faute de goût le fait que Solid Gold fait de la pop plutôt basique avec des synthés, une batterie, une guitare et des Mac (c'est mieux qu'un pc quand on est "artiste") et aussi qu'ils jouaient en première partie des concerts des Ting Tings aux USA, eh bien on se rend alors bien compte qu'il y a de quoi s'inquiéter pour Solid Gold avec déjà tous ces dangereux clichés.
Mais en fait non, on est agréablement surpris à l'écoute de Bodies Of Water. Ça commence d'ailleurs avec une piste assez étrange, "New Kanada", où se baladent des synthés psychés, une rythmique saccadée et des cordes arabisantes. Bref, dès le départ, Solid Gold brouille les pistes. Mais pas pour longtemps : "Armoured Cars", "Get Over It" et "Bible Thumper", trois titres très efficaces et entraînants, viennent tout de suite baliser le terrain. Ici, pas de place pour de quelconques délires expérimentaux, on joue de l'electro-pop pure et dure (ou presque) comme New Order pouvait le faire. Et il faut bien admettre que ça fait son effet. Les mélodies électroniques sont souvent bien trouvées et les arrangements aériens très travaillés contribuent à créer une ambiance ambigüe, mi-dansante mi-mélancolique. Les plus anciens d'entre nous trouveront certainement dans leurs archives un antique groupe qui jouait exactement la même chose il y a 20 ans et dénonceront un manque certain d'originalité, mais pour les plus jeunes, ça ne posera aucun problème : Solid Gold ne fait que suivre ce revival actuel de la pop à synthés (faut croire que les prix de ces engins ont baissé).
Après un "Calm Down" qui ferait penser à un Coldplay électronique, "Neon Rose" lorgne quant à lui vers les élucubrations hispanisantes que Muse avait esquissé sur son dernier album. Mais ici, la sauce prend un peu mieux que chez les anglais grâce à un usage parcimonieux des claviers, un talent de composition certain, et une qualité de production toujours très élevée. "Those Who Go" propose de son côté une association plutôt réussie d'un synthé cristallin profondément ancré dans les 80's et d'un trio guitare/basse/batterie plus classique, le tout saupoudré de chœurs plaintifs. Le tout forme un semi-instrumental du plus bel effet qui prépare parfaitement à l'excellent "Synchronize", titre sur lequel Solid Gold parvient davantage à s'émanciper de l'influence de ses aînés. Le résultat est bien plus dans une veine indie que tout ce qui précédait et n'augure que du meilleur pour les deux morceaux qui achèvent Bodies Of Water.
Eh bien loupé ! "Just Like Everyone Else" fait partie de ses morceaux qu'on a l'impression d'avoir déjà entendu quelque part sans avoir où, c'est dire s'il manque vraiment de personnalité. Et ce ne sont pas des arrangements au filigrane qui changeront la donne : même si c'est bien éxécuté, aucun charisme ne se dégage de ce titre. Enfin, "Who You Gonna Run To ?" rappelle le dernier album de Ratatat, la voix en plus. On a vu pire comme comparaison mais on aurait préféré que Solid Gold affiche davantage d'assurance pour proposer sa propre mixture.
Heureusement pour ces américains, on sent un réel potentiel dans cet album, notamment au niveau de la qualité des compositions, des arrangements et des quelques trouvailles disséminées au fil des pistes. Mais pas de révolution musicale au programme aujourd'hui, juste un bon disque qui, s'il ne perdurera pas longtemps sur la platine sous peine de lasser, se laissera écouter de temps à autre avec plaisir.
- Prétendant au titre de nouvel héritier des Daft Punk et de Justice, présentez-vous. - Pierre-Alexandre Busson, Yuksek pour les intimes, 32 ans, habite Reims, a pratiqué le piano de longues années et possède une culture musicale plutôt diversifiée.
Yuksek, c'est un peu l'énième nouveau prodige de la scène electro française, ZE nouvelle star de la "French Touch 2.0". Mais ce qui est bien avec celui-là, c'est qu'il a pas encore l'air d'avoir pris conscience de cette étiquette que tout le monde lui a collé sur le dos.
Du coup, sa musique possède toujours ce je-ne-sais-quoi d'authenticité qui, chez d'autres, disparait à la minute même où le gars réalise qu'il est déjà au sommet et ce sans avoir rien prouvé. Alors qu'ici, on sent cette volonté de faire ses preuves, cette hargne dans la musique qui donne une toute autre saveur aux morceaux. Mais il y aussi une petite part d'insouciance dans ce Away From The Sea, un petit brin d'arrogance, celle du type qui clame haut et fort "moi aussi, je peux faire trembler les dancefloors". En clair, Yuksek livre ici quelque chose d'assez complexe à interpréter, et c'est d'ailleurs ce qui transparait dans la musique. Ça part dans beaucoup de directions, souvent avec réussite, mais au final, on ne sait plus trop ce qu'on préfère. C'est comme si un pâtissier vous présentez tout son catalogue de douceurs, plus appétissantes les unes que les autres, à un tel point que vous ne savez pas quoi choisir.
Vous avez d'abord les bombes electro surpuissantes, nourries aux basses sismiques, aux beats parfois house, parfois hip-hop, aux vocodeurs et aux synthés eighties : l'intro "Break Ya", le puissant "Tonight" avec ses montées acides et ses paroles obsédantes, le frénétique "Extraball" qui profite au maximum du flow de Amanda Blank (de Spank Rock), les classiques mais néanmoins efficaces "Take A Ride", "This Is Not Today" et "I Like To Play", sous haute influence des Daft Punk et le joli final "Eat My Bear". À côté de ça, on peut trouver d'autres titres qui lorgnent vers d'autres influences qu'on attendaient pas forcément, notamment la musique pop. Mais quand on écoute bien, on s'aperçoit qu'en réalité, elle transparait dans de nombreux morceaux de Away From The Sea. C'est le cas de "A Certain Life" qui fait éclater au grand jour ce que l'electronique peut avoir de plus pop, tout comme "So Far Away From The Sea" où Yuksek nous montre qu'il a bien écouté les derniers albums de Architecture In Helsinki. Mais un des coups de maître de l'album, c'est quand même d'avoir invité les canadiens de Chromeo et leur electrofunk jubilatoire sur "So Down", une des plus franches réussites du prodige français. Enfin, Away From The Sea dispose également de son lot de piste plus apaisées et planantes comme "I Could Never Be A Dancer", épopée intergalactique digne des Midnight Juggernauts, et "Freak O Rocker".
Difficile donc de trouver d'énormes défauts à cette première production du français. Si l'on peut lui reprocher un léger manque de personnalité, on ne peut en revanche pas se plaindre de la qualité des morceaux. Certes, ils profitent tous d'une forte influence des aînés de la scène electro française (mais aussi internationale), mais ça ne leur enlève en rien leur puissance et leur efficacité. Par ailleurs, il semble également difficile de reprocher à Away From The Sea sa grande variété de styles quand on voit la façon dont ils sont tous maîtrisés. Yuksek a donc malgré lui lancé les hostilités pour 2009 : qui mieux que le rémois pourra représenter cette fameuse "French Touch 2.0" si elle existe ?
Imaginez seulement : deux DJs qui appellent tous leurs amis pour tenter de réunir tout le gratin electro/cool/hip hop/bling bling/rock/pop/hype sur un seul et même disque. Après 5 années de labeur, le résultat est là et dure 1h13, compte 17 morceaux et pas moins de 37 invités différents !
Cette profusion de featurings interpelle tout de suite notre esprit critique : cet album en est-il encore un ? Ne s'agirait-il pas plutôt d'une énième compilation d'artistes en vogue, sans aucune cohérence ni intérêt musical ? Heureusement ici, la réponse est non. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les deux cinglés qui forment N.A.S.A. sont parvenu à rendre une copie quasi-parfaite ! Les plus sceptiques diront que ce n'était pas bien dur quand on voit les invités qu'ils se sont payés. On pourrait aussi vanter leur mérite d'avoir su choisir les bonnes personnes et d'avoir été capables d'en tirer le meilleur.
The Spirit Of Apollo est évidemment un album très diversifié mais il verse principalement dans une musique hip-hop à fort penchant electro/pop comme en témoigne le single "Money" qui profite notamment des participations de David Byrne et de Chuck D (de Public Enemy) entre autres. On ne citera pas tous les invités pour chaque morceau, la moyenne se situant à 3 par piste. On ne s'attardera pas non plus sur l'apport de chacun d'entre eux aux différentes pistes. Ce serait une tâche au moins aussi gigantesque que celle accomplie par N.A.SA. sur cet album.
On retiendra néanmoins quelques tours de force. Tout d'abord, "Way Down" sur lequel RZA (membre du Wu Tang Clan) croise John Frusciante (des Red Hot Chili Peppers) et Barbie Hatch pour un groove malsain et pourtant si séducteur. Il y a également "Strange Enough" qui voit feu Ol' Dirty Bastard renaître de ses cendres le temps d'un featuring avec Karen O (des Yeah Yeah Yeahs) et Fatlip : un morceau qui profite d'un rythme et de flows puissants et d'un refrain divinement pop. Vient ensuite la réunion la plus hype qui soit actuellement : Kanye West, Santogold et Lykke Li sur "Gifted". Une piste qui fonctionne à merveille avec ses basses ronflantes, ses synthés galactiques et les superbes chants de Lykke Li et Santogold. Ce morceau extrait vraiment le meilleur de ses trois invités pour les fusionner et ainsi obtenir un des morceaux les plus enthousiasmants de ce début d'année. Enfin, on n'oubliera pas "Whachadoin?", une chanson brûlante comme la braise, dont les flammes sont attisées par les riffs tranchants de Nick Zinner (guitariste des Yeah Yeah Yeahs), la rage electro/hip-hop de Spank Rock et les voix suaves de M.I.A. et Santogold, deux artistes souvent comparées dont la réunion était digne des rêves les plus fous.
Mais ces quelques morceaux ne constituent pas l'essentiel de l'album. The Spirit Of Apollo compte également son lot de pépites hip-hop qui voient quelques pontes s'illustrer (Method Man et Ghostface Killah du Wu Tang Clan, Chali 2na, The Cool Kids...) mais aussi des guests d'horizons plus divers comme Georgle Clinton, Seu Jorge ou Tom Waits. Et pourtant l'album ne se contente pas d'une bête accumulation de noms glorieux, ces diverses participations sont toujours cohérentes et chacune apporte sa pière à la fondation N.A.S.A.. Au final, le travail réalisé est réellement impressionnant et on ne peut que s'incliner devant la qualité de The Spirit Of Apollo. On espère qu'une suite puisse voir le jour dans le futur. Il faut juste que les deux DJs de N.A.S.A. ne perde pas leur recette magique... et leur répertoire téléphonique !
Verdict : 4,25/5
"Money" (feat. David Byrne, Chuck D, Ras Congo, Seu Jorge & Z-Trip)